Immobilier: les agences urbaines, un élément de «blocage» des investissements

Immobilier: les agences urbaines, un élément de «blocage» des investissements

Les indicateurs de l’immobilier sont en berne et les perspectives pour 2023 ne sont pas prometteuses.

Les mesures prises pour faciliter les constructions dans le monde rural sont insuffisantes pour donner une nouvelle impulsion à l’activité dans ces zones.

Entretien avec Driss Effina, économiste.

 

Propos recueillis par C. Jaidani

Finances News Hebdo : Comment se présente la situation du secteur immobilier ?

Driss Effina : Les différents indicateurs disponibles actuellement montrent que l’immobilier demeure toujours en régression. Cela se manifeste essentiellement sur les crédits accordés aux promoteurs immobiliers ou ceux octroyés pour l’acquisition de logement. On note également une chute de la consommation du ciment de 10% en 2022 et 8% au cours des quatre premiers mois de cette année. La situation demeure très difficile, avec notamment un important stock d’invendus. Il y a moins d’acquisitions de logements neufs et paradoxalement plus de ventes pour les logements anciens. Dans l’ensemble, la situation ne se présente pas sous de bons auspices et les perspectives pour 2023 ne sont pas prometteuses, car tous les professionnels du secteur évoquent un manque de visibilité. Nous avions auparavant une demande internationale de l’immobilier marocain, mais elle s’inscrit dans un trend baissier. Les MRE investissent de moins en moins dans cette activité. Les placements spéculatifs sont en berne. Cette composante dynamisait le secteur. Ce qui est aussi alarmant.

 

F.N.H. : Quel effet aura la hausse du taux d’intérêt sur l’activité ?

D. E. : La hausse des taux d’intérêt ne peut que ralentir la demande et les acquisitions. Dès lors, elle devrait renchérir les coûts et augmenter les prix de vente. Avec l’inflation, les achats de biens immobiliers ne figurent pas en tant que priorité dans les préoccupations des Marocains. Cette hausse devrait engendrer non seulement une augmentation du coût du crédit, mais aussi toucher d’autres éléments comme les matériaux de construction, le foncier et autres. L’immobilier, qui est déjà en méforme, devrait être impacté davantage. La plupart des promoteurs et les opérateurs du secteur naviguent à vue. Avec cette conjoncture, même les mesures de soutien allouées au secteur ne peuvent donner une nouvelle impulsion à l’activité.

 

F.N.H. : Pensez-vous que les facilités accordées pour la construction dans le monde rural sont insuffisantes pour insuffler une nouvelle dynamique au secteur dans ces régions ?

D. E. : Les mesures prises pour faciliter les constructions dans le monde rural sont insuffisantes pour dynamiser le secteur. Ce qui donne la voie aux mauvaises pratiques constatées auparavant comme l’habitat clandestin. La situation actuellement est stagnante, les procédures sont longues. Il faut reconnaitre aussi que les autorités locales qui gèrent ces zones restent rigoureusement attachées à l’esprit administratif dans l’application des directives issues du pouvoir central, sans aucune possibilité de souplesse. D’autant plus que les habitants du monde rural ne sont pas habitués à demander des autorisations par voie digitale. Dès lors, il est suggéré de mettre en place une procédure plus simple et aisément assimilable par cette population.

 

F.N.H. : Il existe un projet pour repositionner les agences urbaines, que ce soit au niveau de leur mode de fonctionnement que de leurs attributions. Quel est votre avis à ce sujet ?

D. E. : Les agences urbaines posent un réel problème aussi bien dans le monde rural que dans les villes. Au lieu d’être une administration qui dynamise le secteur, elle est en fait une autorité de blocage. Pour montrer l’ampleur de la situation difficile où se trouvent ces organismes, un seul indicateur révèle cette situation. Sur le total des dossiers déposés à l’agence urbaine de Casablanca, 20% seulement ont été validés. C’est un élément pénalisant pour les investisseurs. Les agents de ces institutions ne font qu’appliquer des lois qui sont rigides ou dépassées et ne correspondent plus à l’évolution socioéconomique que connaît notre pays. Si ces textes bloquent le développement, le législateur doit les changer au plus vite. Pour cela, il faut réduire au maximum l’intervention dans l’acte d’urbanisme et aller vers une formule plus légère et plus flexible. L’acte urbanistique doit être un facteur important pour accompagner les secteurs socioéconomiques. 

 

 

 

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