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Exposition : La photographie colorisée se dévoile à Tanger

Exposition : La photographie colorisée se dévoile à Tanger

«Les Couleurs du Temps», une exposition prestigieuse sur la photographie colorisée (de 1860 à 2022). Elle aura lieu du 7 juin au 30 novembre 2022 à la Fondation pour la photographie.

Crédit photo : © Rima Samman, série «L'amour se porte autour du cou (2020)»

 

Depuis 1855, plusieurs tentatives de photographies en couleur ont vu le jour. Certes, fixer durablement les nuances colorées sur un support demeurait une grande difficulté; le noir et blanc étaient finalement une esthétique adoptée «faute de mieux».

Néanmoins, les inventeurs de cette discipline n’ont eu de cesse de dépister le meilleur moyen pour reproduire les couleurs de la nature. C’est ainsi qu’ils mêleront la photographie à sa sœur ainée, la peinture.

Ouvrant la voie à une union à la fois pratique et artistique, la photographie colorisée devint aussitôt une technique très populaire, car empreinte de réalisme et peu coûteuse.

N’étant pourtant pas une démarche artistique à part entière, la colorisation des photographies se veut plutôt une étape finale de recouvrement de l’image. Peinture à l’huile, aquarelle, crayon, pastel…, diverses techniques picturales sont utilisées afin d’ennoblir les portraits et embellir les paysages.

«Bien que considérée comme peu sophistiquée par les puristes, la photographie colorisée a paradoxalement contribué à étendre le statut de l’image photographique, la rapprochant du médium de la peinture», souligne la commissaire de l’exposition, Marie Moignard.

 

«Les Couleurs du Temps»

Cette exposition présente plusieurs exemples d’exception de ces photographies colorisées, depuis les vues du Japon des années 1860 en passant par les costumes chatoyants de Syrie immortalisés par Ludovico Wolfgang Hart peu de temps après, et surtout un grand ensemble de portraits tangérois des années 1960, issus de studios photographiques aujourd’hui disparus.

Un grand nombre de ces tirages colorisés ont été achetés par Philippe Lorin dans une boutique de brocante ayant pignon sur la rue du Prince Héritier. «J’y passais régulièrement pour, parfois, y glaner un objet, une vieille carte postale, ou autre… Un jour pluvieux de novembre, en m’attardant un peu dans la boutique pour laisser passer l’averse, je découvre qu’un escalier à peine visible mène à un sous-sol (…) Je descends un escalier raide pour me retrouver dans un sous-sol poussiéreux éclairé d’une barre de néon (…) Juste avant de remonter au pied de l’escalier, je remarque une pile de contreplaqués tous du même format. Je retourne le premier et je comprends de quoi il s’agit. Je remonte le tout et dix minutes plus tard après le marchandage d’usage, je repars avec une cinquantaine de ces portraits colorisés que vous découvrez aujourd’hui. Rentré chez moi, je les examinais en détail et ils racontaient plein de choses, entre autres la fierté de celui qui pose avec son militaire de fils, la méchanceté de celle qui pose devant les fleurs, la fatuité d’un haut fonctionnaire ou la timidité d’une jeune fille», se remémore-t-il.

N’étant pas collectionneur, Philippe Lorin eut l’aimable idée de faire sortir ces personnages de leur placard et leur donner une nouvelle vie en octroyant lesdits tirages colorisés à la Fondation pour la photographie.

«Mais, qui sait, peut-être certains visiteurs y reconnaîtront qui une tante, qui une voisine, ou qui encore un commissaire de police ou un gouverneur ?», se demande-t-il.

 

A l’air du temps

Aux techniques anciennes – citées auparavant - répondent des créations contemporaines qui s’inspirent de cette esthétique surannée. Jan Saudek compose des mises en scène sensuelles qui évoquent le romantisme du 19ème siècle. Hélène Bellenger file la métaphore de l’art du faux en récréant les artifices des portraits d’actrices des années 1920 à 1950. Aussi inspirés par l’âge d’or du cinéma, les songes néo-orientalistes de Youssef Nabil font écho aux polaroids peints de Flore en Egypte. La série d’un été sans fin déroulée par Irène Jonas fait appel aux souvenirs intimes, tout comme les photographies de famille de Rima Samman qu’elle re-colorise par ordinateur. Ce temps familial recomposé se retrouve dans les cyanotypes aquarellés d’Aassmaa Akhannouch, tandis que la peintre et photographe Amina Benbouchta entretient le mystère de sa mythologie personnelle.

 

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