Ukraine - Russie : la guerre d’usure qui redessine l’Europe

Ukraine - Russie : la guerre d’usure qui redessine l’Europe

Une évidence s’impose : Vladimir Poutine n’a pas gagné l’«opération militaire spéciale» engagée contre l’Ukraine qu’il pensait régler en quelques jours et l’Europe, elle, vit désormais avec une guerre permanente à ses frontières.

Le bilan humain de ce conflit entamé le 24 février 2022 donne le vertige. En quatre ans, près de 1,8 million de militaires russes et ukrainiens ont été mis hors de combat, dont environ 500.000 morts. A cela s’ajoutent plus de 50.000 victimes civiles ukrainiennes tuées ou blessées et plus de 10 millions d’Ukrainiens déplacés, soit un quart de la population d’avant-guerre.

Ces chiffres terribles, même s’ils restent approximatifs, montrent qu’il s’agit du conflit le plus meurtrier qu’ai connu le continent européen depuis la seconde guerre mondiale. Et tout cela pour gagner quoi ? Juste quelques kilomètres au prix de dizaines de milliers de vies. En effet, militairement, Moscou contrôle aujourd’hui près de 20% du territoire ukrainien. Pourtant, après quatre années de combats et des pertes gigantesques, les gains récents représentent moins de 1% supplémentaire du territoire ukrainien.

La Russie avance lentement, mais sans percée stratégique décisive. Même les succès territoriaux de la quatrième année restent minuscules au regard du coût humain engagé. C’est tout le paradoxe de cette guerre, car la Russie progresse sans gagner, l’Ukraine résiste sans reprendre l’avantage. Volodymyr Zelensky affirme que Vladimir Poutine «n’a pas atteint ses objectifs».

Le président ukrainien a raison sur un point fondamental : Kiev n’est pas tombée, l’Etat ukrainien existe toujours et la société ukrainienne s’est transformée en nation de guerre. L’invasion destinée à briser l’Ukraine a produit l’effet inverse, puisqu’elle l’a consolidée politiquement et identitairement. Mais le Kremlin ne parle pas non plus de défaite.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, rappelle que les objectifs russes ne sont «pas encore atteints» et que l’opération militaire se poursuivra. Autrement dit, Moscou parie sur le temps. Sur l’usure ukrainienne.

Sur la fatigue occidentale. Sur les divisions européennes. Et ces divisions existent. Le président français Emmanuel Macron reconnaît lui-même être «très sceptique» quant à une paix à court terme. Cette phrase résume la situation réelle mieux que tous les communiqués diplomatiques. S’il y a des discussions et des médiations américaines, aucune des conditions fondamentales d’un compromis n’est pourtant réunie.

Parce que Moscou exige des concessions territoriales majeures, alors que Kiev refuse de céder, ce qui équivaudrait à valider l’invasion. Alors, personne ne gagne vraiment, mais personne ne s’effondre. Surtout, personne n’est encore prêt à perdre. Résultat : la diplomatie tourne et la guerre continue. Et pendant ce temps, l’Ukraine survit grâce à une perfusion occidentale permanente. La guerre est donc devenue collective sans être officiellement mondiale. L’Ukraine combat, mais l’Occident soutient.

La Russie affronte Kiev, mais défie en réalité l’architecture sécuritaire européenne entière. Outre le lourd tribut humain, le coût financier à long terme sera colossal. La reconstruction ukrainienne est déjà estimée à 588 milliards de dollars sur la prochaine décennie.

 

F.Z Ouriaghli

 

 

 

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