Fête du travail : le rituel des frustrations sociales

Fête du travail : le rituel des frustrations sociales

Il y a des rituels qui sont immuables. Le 1er mai, fête du travail, en fait partie. Les banderoles sortent des placards, les slogans reprennent du service, les cortèges retrouvent leurs parcours habituels et les discours, eux, semblent parfois recyclés d’une année sur l’autre.

Cette année ne va pas déroger à la règle. Nous avons déjà eu un avant-goût des revendications syndicales lors du round de dialogue social tenu à la mi-avril. Chacun est venu avec ses doléances, ses chiffres et ses certitudes. Les syndicats ont martelé l’urgence sociale, avec la nécessité d’augmenter les salaires et de protéger un pouvoir d’achat malmené par le niveau élevé des prix et les hausses en cascade. Ils sont dans leur rôle.

Dans un contexte où leur représentativité est régulièrement questionnée, ils n’ont d’autre choix que de durcir le ton, de hausser la voix et de montrer qu’ils existent encore dans le jeu social. Mais à force de revendications maximalistes, ils se heurtent à un mur budgétaire qu’ils savent pourtant infranchissable. Le gouvernement, lui, répond avec son bilan, ses multiples mesures et ses efforts financiers, avec au total pratiquement 50 Mds de DH à débourser d’ici fin 2026 – début 2027. Il avance également avec des contraintes réelles : équilibre des finances publiques, engagements sociaux déjà coûteux et incertitudes internationales. Pour dire qu’il ne peut pas, à chaque pression syndicale, ouvrir les vannes sans compter.

Pour sa part, le patronat, fidèle à son rôle, veut des réformes structurelles du marché du travail. Il dit oui à l’amélioration des conditions sociales, mais pas au prix d’une perte de compétitivité. Une position rationnelle, mais qui, dans un climat de tension sociale, peut apparaître déconnectée des réalités quotidiennes des salariés. Tout cela donne pour l’instant un dialogue poli, mais sans étincelle.

Pour l’instant seulement, car l’un des dossiers les plus brûlants n’a pas encore été traité dans le fond. Il s’agit de la réforme des retraites, maniée avec parcimonie et beaucoup de prudence par le gouvernement, et qui risque de faire basculer le dialogue social en un dialogue de sourd tellement les positions des uns et des autres semblent peu conciliables. Mais bon, tant qu’il y a un cadre de discussion, un compromis reste toujours possible. Et sur ce point, le Maroc a quand même réalisé d’énormes progrès. En effet, le dialogue social, qui relevait autrefois du rapport de force pur, s’inscrit désormais dans un cadre institutionnalisé.

Est-ce pour autant une garantie d’efficacité ? Car la véritable portée du dialogue social n’est ni sa régularité ni son formalisme. C’est son impact. Et sur ce point, le citoyen reste sur sa faim. Alors, ce 1er mai 2026 devrait servir de marqueur. Si la mobilisation est forte et que les cortèges se remplissent, ce ne sera pas seulement par tradition, mais ce sera aussi le reflet du ressenti actuel de la collectivité. D’une collectivité qui, au quotidien, perçoit un décalage important entre les discours et la réalité. Entre les chiffres brandis fièrement par l’Exécutif et leur vécu.

 

Par F.Z Ouriaghli

 

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