Au début de l’année 2026, le secteur des assurances est entré dans une phase de concrétisation. Après plusieurs exercices consacrés à la préparation des réformes, aux ajustements techniques et aux consultations avec la place, plusieurs chantiers structurants ont basculé à l’opérationnel.
Par Y. Seddik
L'assurance automobile concentre aujourd’hui l’essentiel des chantiers opérationnels. Le Registre national des véhicules assurés (RNVA) est désormais en production. Il permet une centralisation des données relatives aux contrats automobiles en cours et renforce les capacités de contrôle sur un segment historiquement exposé à la fraude et à la non-assurance.
Pour les compagnies, cet outil modifie les pratiques de déclaration, de suivi et de résiliation des contrats, tout en offrant une meilleure visibilité au régulateur. Dans le même périmètre, la dématérialisation progressive de l’attestation d’assurance automobile via un code QR est entrée dans une phase d’exploitation réelle.
L’objectif est de simplifier les contrôles sur le terrain et de réduire les usages frauduleux. Si le support papier demeure encore présent, il tend à perdre son rôle central. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large de digitalisation des processus assurantiels. Le déploiement du paiement multicanal des primes d’assurance automobile répond à une logique similaire.
En diversifiant les moyens de règlement, les assureurs cherchent à améliorer le recouvrement des primes et à limiter les ruptures de couverture, dans un portefeuille automobile structurellement sous pression sur le plan technique.
Sur le plan réglementaire, l’un des dossiers les plus sensibles reste l’amendement du Dahir du 2 octobre 1984 relatif aux accidents corporels de la circulation. Ce texte, ancien, ne reflète plus ni l’évolution des montants d’indemnisation ni les pratiques actuelles de gestion des sinistres corporels. Les travaux portent notamment sur l’actualisation des barèmes, la clarification des règles d’indemnisation et la réduction des délais de règlement.
Pour le marché, l’enjeu est majeur, compte tenu du poids croissant des sinistres corporels dans la sinistralité automobile. Dans le même temps, la responsabilité civile automobile fait l’objet d’une révision des critères de tarification. Le modèle actuel, largement mutualisé, montre ses limites face à l’augmentation de la fréquence et du coût des sinistres.
Les nouveaux critères visent une approche plus différenciée du risque, sans remettre en cause le caractère obligatoire de la couverture. Cette évolution devrait peser sur la structure tarifaire du marché et sur les équilibres concurrentiels. En dehors de l’automobile, le secteur se prépare à un changement de cadre prudentiel avec l’entrée en vigueur prochaine de la Solvabilité basée sur les risques (SBR) pour les comptes de l’exercice 2025. Les différents exercices de tests ont permis de mesurer l’impact du nouveau modèle sur les fonds propres des entreprises.
La transition se traduit par une baisse des ratios de solvabilité par rapport au modèle actuel, tout en maintenant une situation globalement confortable pour le secteur. Le nouveau cadre renforce les exigences en matière de gouvernance, de gestion des risques et de pilotage du capital.
En parallèle, l’alignement progressif du cadre comptable marocain sur les normes IFRS constitue un chantier technique lourd. Il affecte la reconnaissance des passifs, la présentation des résultats et les systèmes d’information financière. Pour les assureurs, cette évolution nécessite des investissements significatifs et une adaptation des processus internes. Sur le volet social, la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire continue de redéfinir le périmètre d’intervention du secteur.
Le basculement prévu des assurés relevant de l’article 114 vers la CNSS modifie les équilibres entre assurance privée, mutuelles et régimes publics. Cette recomposition soulève des interrogations sur le rôle futur des complémentaires santé et des structures mutualistes. Enfin, une réflexion est engagée autour de l’éventuelle instauration d’une obligation d’assurance habitation. Le sujet s’inscrit dans un contexte marqué par l’intensification des risques climatiques et la vulnérabilité du bâti.
À ce stade, aucun calendrier ni schéma définitif n’est arrêté, mais le débat traduit une évolution des attentes vis-à-vis du rôle économique et social de l’assurance. L’ensemble de ces chantiers place le secteur dans une phase de transformation simultanée, où les enjeux réglementaires, techniques et sociaux se superposent. Pour les acteurs du marché, l’année 2026 s’annonce comme une année de mise à l’épreuve.