Souveraineté sanitaire: les doléances de l’industrie pharmaceutique

Souveraineté sanitaire: les doléances de l’industrie pharmaceutique

L’industrie pharmaceutique ambitionne de porter son chiffre d’affaires à 35 Mds de DH d’ici 2035.

Plusieurs pistes à même de libérer le potentiel de développement du secteur ont été identifiées par les principaux acteurs.

 

Par M. Diao

 

La crise liée à la covid-19 a certes été désastreuse à maints égards, mais elle a permis, à l’échelle nationale, de prendre davantage conscience de l’impérieuse nécessité de garantir la souveraineté sanitaire. Ce qui passe notamment par l’autosuffisance en matière de production de médicaments consommés sur le marché domestique. Il est sans conteste que le Maroc peut relever le défi de l’autosuffisance, puisque son industrie pharmaceutique, conforme aux normes européennes en matière de qualité et de sécurité, cumule une expérience de 60 années. Pour avoir un ordre de grandeur, le secteur pharmaceutique national, pourvoyeur de 50.000 emplois stables, représente 5% du PIB industriel et 1% du PIB national.

La branche regroupée autour de la Fédération marocaine de l’industrie et de l’innovation pharmaceutiques (FMIIP) affiche une grande marge de croissance et de développement. Pour preuve, les industriels n’utilisent que 50% de leur capacité de production. Et ce, dans un contexte en proie à l’inflation des importations de médicaments (55% entre 2009 et 2018), couplée au recul de la part de la production nationale des médicaments consommés localement à 50%.

C’est dans cette mouvance que s’est déroulée récemment la visioconférence organisée par la CGEM, en partenariat avec la FMIIP, sur le thème : «Industrie pharmaceutique : plus de valeur ajoutée pour une souveraineté sanitaire nationale et continentale». La rencontre, rehaussée par la participation du professeur de médecine Hakima Himmich, membre de la Commission spéciale sur le modèle de développement, Lamia Tazi, PDG de Sothema, et Mia Lahlou Filali, DG du groupe Pharma 5, a suscité des débats fructueux pour l’avenir des industriels marocains. Cet événement a ainsi permis aux principaux acteurs de rappeler l’urgence de lever les multiples contraintes qui pèsent sur la branche industrielle, devenue névralgique dans la lutte contre la pandémie. «Le rapport sur le nouveau modèle de développement fixe l’objectif d’atteindre le taux de satisfaction de 80% en besoins de dispositifs médicaux», a rappelé en substance Hakima Himmich.

Et d’alerter sur le fait que l’Accord de Doha sur la propriété intellectuelle (ADPIC) constitue un frein pour l’innovation de l’industrie pharmaceutique au Maroc. Dans l’optique de remédier à cette donne pénalisante, des recommandations allant dans le sens de la simplification de l’octroi de licence obligatoire ont été formulées lors de la rencontre, laquelle a mis en exergue le besoin de miser davantage sur la production de génériques au niveau national.

Principales doléances

Lamia Tazi, PDG du laboratoire pharmaceutique marocain Sothema et vice-présidente de la (FIMIIP), n’a pas manqué d’affirmer l’alignement des industriels sur les objectifs et les recommandations du rapport portant sur le modèle de développement. La patronne de Sothema, qui a confirmé la capacité de l’industrie pharmaceutique marocaine de substituer rapidement 3 Mds de DH d’importations par la production locale, s’est attelée à dévoiler quelques objectifs du secteur. Sachant que celui-ci a une grande partition à jouer pour la concrétisation de la généralisation de la couverture médicale. Parmi les objectifs précités, il y a lieu de mentionner 35 Mds de DH de chiffres d’affaires d’ici 2035 contre 16 Mds de DH actuellement.

L’industrie pharmaceutique exporte 17% de sa production. «Nous avons la capacité de multiplier par dix le CA à l’export du secteur qui remporte, tout de même, 50% des appels d’offres au Maroc. Ce qui constitue un gage de compétitivité», soutient Mia Lahlou Filali. A en croire la patronne du groupe Pharma 5, plusieurs leviers doivent être activés afin de permettre à l’industrie d’atteindre ses objectifs tant sur le marché domestique qu’à l’étranger.

A ce titre, citons la promotion du made in Morocco via la préférence nationale, le soutien à l’export (études, participation aux foires, etc.) et la facilitation de l’octroi d’autorisations de mise sur le marché (AMM) de produits fabriqués localement. Mia Lahlou Filali a plaidé pour le renforcement des moyens humains de la Direction du médicament et de la pharmacie (DMP), qui constitue une référence à l’échelle internationale. Pour rappel, le laboratoire national de contrôle des médicaments (LNCM), relevant de la DMP, a la préqualification de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce qui est la résultante d’inspections menées selon les règles de bonnes pratiques applicables par les laboratoires de contrôle qualité pharmaceutique.

«Nous avons besoin d’un grand centre de bioéquivalence international et d’une agence nationale du médicament», assure Mia Lahlou, qui est également administratrice de la CGEM. Au final, notons que le temps de traitement des dossiers d’AMM au niveau de la DMP est un facteur de compétitivité majeur pour les laboratoires marocains résolument décidés à hisser haut le label made in Morocco. 

 

 

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