Fatim-Zahra Ammor : «Le Maroc est désormais reconnu comme une destination crédible, compétitive et attractive»

Fatim-Zahra Ammor : «Le Maroc est désormais reconnu comme une destination crédible, compétitive et attractive»

Avec près de 20 millions de visiteurs accueillis en 2025, le tourisme marocain atteint un nouveau palier. Pour Fatim-Zahra Ammor, ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Economie sociale et solidaire, cette performance est le résultat d’une stratégie de transformation engagée depuis 2023 : diversification de l’offre, renforcement de la connectivité, montée en compétence des ressources humaines, développement territorial et préparation de l’après-2030. Dans cet entretien, elle revient sur les leviers qui doivent permettre au Royaume de consolider durablement sa place parmi les grandes destinations mondiales.

Finances News Hebdo : Le secteur touristique national affiche une santé exceptionnelle avec le cap des 20 millions de visiteurs franchi en 2025. Au-delà des indicateurs, sur quels leviers structurels repose cette résilience marocaine, et comment le Royaume parvient-il à s’imposer durablement dans le top des investisseurs et des prescripteurs de voyage internationaux ?

Fatim-Zahra Ammor : La résilience du tourisme marocain ne repose pas sur les indicateurs. Les indicateurs sont avant tout la conséquence d’un travail de fond mené ces dernières années pour renforcer durablement la compétitivité de la destination Maroc. Tout est parti d’une ambition claire: doubler les arrivées touristiques du Royaume, en passant de 13 millions de touristes en 2019 à 26 millions à l’horizon 2030. Mais une ambition n’a de valeur que lorsqu’elle est soutenue par une stratégie et des moyens à la hauteur. C’est dans ce contexte que notre gouvernement a lancé en 2023 la feuille de route 2023-2026 à laquelle nous avons consacré 6 milliards de dirhams. Ce qui a fait la différence, c’est l’approche que nous avons choisie. Nous sommes passés d’une logique centrée sur les destinations à une logique fondée sur les expériences, ce qui nous a permis de mieux valoriser les atouts des 12 régions du Royaume. L’autre facteur clé de réussite réside dans la simultanéité de l’action. Pendant quatre ans, nous avons travaillé en parallèle sur la connectivité aérienne, la capacité d’hébergement, l’animation touristique, la qualité de l’offre et le capital humain. Les résultats sont aujourd’hui visibles. Au-delà des chiffres, le Maroc est désormais reconnu comme une destination crédible, compétitive et attractive, aussi bien par les voyageurs que par les investisseurs internationaux.

 

F. N. H. : L’année 2026 marque la fin de votre feuille de route sectorielle. Quels indicateurs retenez-vous pour évaluer les résultats de cette stratégie ?

F. Z. A. : Je commencerais par les indicateurs qui traduisent l’impact réel du tourisme sur notre économie. En trois ans, le secteur a créé près de 92.000 emplois directs. Sa contribution au PIB national est passée de 6,8% en 2019 à 7,3% en 2025, tandis que le PIB touristique a progressé de 38%. Bien sûr, les performances de la destination restent tout aussi importantes. Près de 20 millions de touristes accueillis en 2025, 138 milliards de dirhams de recettes touristiques et une progression de 12 places pour atteindre la 22ème place dans le classement mondial depuis 2019 témoignent de l’attractivité croissante du Maroc sur la scène internationale. Enfin, si je devais retenir un dernier enseignement de cette feuille de route, ce serait notre capacité à préparer l’avenir. Une augmentation de plus de 30% de la capacité aérienne par rapport à 2019, 45.000 nouveaux lits créés, plus de 1.700 entreprises accompagnées à travers Go Siyaha ou encore plus de 6.000 professionnels certifiés grâce au programme Kafaa. Tout ceci montre que nous avons construit les fondations qui permettront au tourisme marocain de poursuivre durablement sa trajectoire de développement.

 

F. N. H. : Le tourisme marocain affiche une croissance notable, mais comment s’assurer qu’elle bénéficie à l’ensemble des régions du Royaume ? Quelles initiatives ont permis de promouvoir les destinations moins connues ?

F. Z. A.  : L’un des principaux partis pris de notre feuille de route a justement été de faire du tourisme un véritable levier de développement territorial. Pendant s’est concentrée sur un nombre limité de destinations. Notre ambition a donc été de créer une dynamique qui bénéficie progressivement aux 12 régions du Royaume, en valorisant les atouts propres à chacune d’elles. L’approche fondée sur les expériences touristiques, avec 14 filières déployées sur l’ensemble du territoire, a suscité une véritable adhésion des acteurs locaux, car elle permet à chaque région de construire une offre qui lui ressemble. Mais développer une destination ne se résume pas à la promouvoir. Il faut lui donner les moyens d’être compétitive. C’est pourquoi nous avons renforcé la connectivité aérienne, aussi bien internationale que domestique, afin de mieux connecter les régions et d’ouvrir de nouvelles perspectives aux destinations émergentes. Nous avons également accompagné les entrepreneurs locaux à travers Go Siyaha, dont les 1.700 projets sont répartis dans les 12 régions du Royaume, et mis à leur disposition une Banque de projets qui rassemble plus de 900 concepts de projets touristiques dans 60 provinces. En parallèle, nous investissons dans la valorisation des territoires à travers le développement de 16 villages touristiques, de circuits de découverte, d’offres de nature et d’activités d’animation.

 

F. N. H. : Le développement du secteur repose également sur la formation et la valorisation des ressources humaines. Quelles mesures concrètes sont engagées pour renforcer les compétences dans l’hôtellerie, la restauration et les métiers du tourisme, et ainsi accompagner la montée en gamme de la destination ?

F. Z. A.  : Le tourisme est avant tout une industrie de services, où la qualité de l’expérience repose sur les femmes et les hommes qui accueillent, accompagnent les touristes tout au long de leur séjour. C’est pourquoi nous avons fait du capital humain l’un des piliers de notre feuille de route, avec une approche qui couvre l’ensemble du parcours professionnel : améliorer la qualité des formations, augmenter le nombre de diplômés, développer de nouvelles filières adaptées aux évolutions des métiers, renforcer la formation continue et reconnaître les compétences acquises sur le terrain. Cette stratégie se traduit par des programmes très concrets. Comme je l’ai dit précédemment, plus de 6.000 professionnels du tourisme ont déjà obtenu une certification dans le cadre du programme Kafaa, qui reconnaît officiellement les compétences acquises sur le terrain. Nous investissons également dans l’excellence de la formation à travers Cap Excellence, qui permettra à 12 établissements de l’OFPPT de devenir des établissements d’excellence. Nous poursuivons aussi nos efforts pour accompagner les besoins du secteur, avec la formation de 9.000 professionnels de niveau Middle Management, 10.000 bénéficiaires de formation continue via la plateforme Maharati.ma et en présentiel, ainsi que 6.000 apprentis prévus dans le cadre du programme Tadaroj à l’horizon 2030. Notre ambition est de doter le Maroc d’un capital humain à la hauteur de ses ambitions touristiques et des meilleurs standards internationaux.

 

F. N. H. : Le Maroc affiche des ambitions claires en matière de tourisme durable et responsable. Comment s’est traduit cet engagement ?

F. Z. A. : Notre pays dispose naturellement d’atouts qui répondent aux nouvelles attentes des voyageurs : des paysages préservés, un patrimoine culturel riche et des communautés locales qui font partie intégrante de l’expérience touristique. Dès la conception de notre feuille de route, nous avons intégré la durabilité comme un principe de développement. Nous avons voulu anticiper une concentration excessive de l’activité touristique sur quelques destinations, même si nous en sommes encore loin, et accompagner une croissance plus équilibrée dans l’ensemble des 12 régions du Royaume. Concrètement, cela passe par le développement d’expériences diversifiées comme le désert et les oasis, la nature, la randonnée ou les sports nautiques, par l’accompagnement des TPME dans leur transition à travers Go Siyaha, ainsi que par la valorisation de 16 villages touristiques appelés à devenir des destinations de slow tourism. Pour nous, une destination reste attractive lorsqu’elle préserve ce qui fait sa richesse et que sa croissance bénéficie durablement aux territoires et aux populations qui les font vivre.

 

F. N. H. : Le Mondial 2030 est un puissant accélérateur, mais le véritable défi reste l’après-événement. Comment votre gouvernement anticipe-t-il la transition pour que l’infrastructure et la notoriété acquises se traduisent par une croissance structurelle et durable de l’économie touristique ?

F. Z. A.  : Nous considérons le Mondial 2030 comme un accélérateur, et non une finalité. Réussir cet événement est évidemment essentiel, mais notre véritable ambition est de faire en sorte que les investissements engagés aujourd’hui continuent de produire de la valeur bien au-delà de 2030. La feuille de route nous a permis de poser des bases solides. Notre responsabilité est de poursuivre cette dynamique et de continuer à renforcer ces leviers, car ce sont eux qui permettront de transformer la visibilité exceptionnelle offerte par le Mondial en attractivité durable. Au fond, notre ambition dépasse l’échéance de 2030. Nous voulons atteindre 26 millions de touristes, bien sûr, mais surtout inscrire durablement le Maroc parmi les grandes destinations touristiques mondiales.


 

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