Energies renouvelables: un retour sur investissement de plus en plus court

Energies renouvelables: un retour sur investissement de plus en plus court

Le coût moyen du kwh d’énergie photovoltaïque produit à Casablanca était supérieur à 1,20 DH/Kwh au début du siècle, contre moins de 20 centimes aujourd’hui.

Si un jour au Maroc le prix de l’électricité payé par le consommateur augmente, le temps d’amortissement des investissements dans les énergies renouvelables se réduira dans les mêmes proportions enregistrées en Europe.

 

Par M. Diao

L’ère d’une longue durée du retour sur investissement dans la transition énergétique, notamment les énergies renouvelables, est visiblement révolue au Maroc. Rappelons que depuis 2009, avec l’avènement du Plan solaire marocain, des investissements qui se chiffrent en plusieurs milliards de dirhams ont été consentis à l’échelle nationale à la fois par les secteurs public et privé (investisseurs nationaux et internationaux, entreprises).

Au niveau international, la multiplication des investissements dans les greentechs et dans les énergies renouvelables a contribué au renforcement de la compétitivité des énergies propres en comparaison aux énergies d’origine fossile, dont les cours continuent de flamber sur le marché international en raison, entre autres, de la guerre en Ukraine. «La baisse du coût de l’énergie photovoltaïque est continue depuis les années 1980. L’ensoleillement étant une donnée constante et propre à chaque lieu, le critère d’évaluation est le coût du watt crête installé. Ainsi, les premiers panneaux solaires dans les années 1980 coûtaient jusqu’à 600 DH le watt crête. En 2015, une installation complète coûtait entre 15 et 20 DH le watt crête. Aujourd’hui, le coût est inférieur à 10 DH», explique Hakim Marrakchi, patron de Maghreb Industries.

Il convient de préciser que le coût du watt crête prend en compte l’ensemble des éléments nécessaires à la production. A ce titre, citons les panneaux, les onduleurs, les câbles, les rails, en plus de la maind’œuvre d’installation et l’étude. Ne sont pas pris en compte les autres coûts, tels le renforcement éventuel du toit, les coûts de génie civil ou le coût du foncier, par exemple. Badr Ikken, ancien Directeur général de l’Iresen et président exécutif de Green Innov Industry Investment (GI3), abonde dans le sens de Hakim Marrakchi.

«Au-delà de la crise pandémique, il y a eu au cours des dernières années au Maroc une baisse sensible des prix des équipements. Par exemple, l’on note que pour des projets de centrales solaires de 500 Kwh et de 1 MW, le coût du kwh s’affiche à moins de 30 centimes», souligne le président de GI3. Sachant qu’un projet de plus de 200 MW peut générer un coût inférieur à 20 centimes/kwh. C’est dire le niveau de compétitivité par rapport au coût du kwh de l’électricité d’origine fossile (1,07 DH). Ceci dit, nos deux sources ne manquent pas de rappeler que le contexte inflationniste qui prévaut à l’échelle nationale et internationale aurait tendance à tirer le coût de l’énergie propre à la hausse.

«La baisse des coûts est aujourd’hui enrayée par l’inflation constatée depuis 18 mois», souligne le patron de Maghreb Industries, dotée d’une usine verte. A en croire Badr Ikken, le secteur des énergies renouvelables passe par une période un peu difficile en raison des conséquences de la pandémie liée à la Covid-19, la hausse des prix du transport de composants importés de Chine et de certaines difficultés enregistrées en Europe. Ces facteurs conjoncturels qui, à l’évidence, impactent le coût des projets d’énergies renouvelables, ne calment guère l’ardeur des partisans des énergies propres, confortés par le seuil des cours des combustibles fossiles sur le marché international. De même, il importe de souligner que l’autre paramètre-clef pour le temps d’amortissement de l’investissement dans les énergies renouvelables est le prix de l’électricité.

«Il faut savoir qu’en Europe, le temps d’amortissement a été divisé par deux et demi en raison de la hausse du prix de l’électricité», révèle Badr Ikken. Et d’expliquer : «Au Maroc, le coût de production de l’électricité a augmenté en raison de la hausse des prix des combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz), mais l’inflation des prix n’a pas été répercutée sur le consommateur afin de préserver son pouvoir d’achat. Si un jour au Maroc le prix de l’électricité payé par le consommateur augmente, le temps d’amortissement des investissements dans les énergies renouvelables se réduira dans les mêmes proportions enregistrées en Europe».

Pour l’heure, un industriel qui produit au Maroc près de 70% de ses besoins en électricité à partir de l’énergie solaire, arrive à amortir ses investissements au bout de 4 ans ou un peu plus. Par ailleurs, la mobilité électrique, qui séduit davantage de Marocains, n’a jamais été autant compétitive en raison de la surchauffe des prix à la pompe. Dans le même ordre d’idées, il ressort de plusieurs calculs et modélisations en rapport avec la production d’amoniac vert au Maroc, un prix de production de 600 dollars la tonne. Sachant que la tonne d’amoniac qu’importait le Royaume est passée de 250-300 dollars à plus de 1.200 dollars aujourd’hui. En conséquence, la conjoncture mondiale actuelle milite en faveur de la production d’amoniac vert au niveau national.

 

Energie solaire photovoltaïque : Casablanca, un bastion de compétitivité ?

Hakim Marrakchi est formel. La principale source de la baisse du coût de l’énergie photovoltaïque était consécutive aux meilleurs rendements des panneaux photovoltaïques. «Au début de ce siècle, les panneaux produisaient moins de 100 watts crêtes. Actuellement, certains producteurs annoncent plus de 600 watts crêtes par panneau. La durée de vie des panneaux est théoriquement garantie plus de 20 ans. Le prix des onduleurs a aussi baissé et ceux-ci ont une durée de vie de 10 ans environ», assure l’homme d’affaires. Le vice-président de la CGEM et président de la Commission fiscalité et douane poursuit en affirmant que le coût moyen du kwh d’énergie photovoltaïque produit à Casablanca était supérieur à 1,20 DH/kwh au début du siècle, contre moins de 20 centimes aujourd’hui. Notons que cela suppose toutefois que toute l’énergie produite est consommée, ce qui n’est souvent pas le cas. Et ce, en raison des jours non ouvrables (samedi, dimanche, jours fériés, vacances) et du pic d’ensoleillement, susceptibles de provoquer un excès non consommé d’électricité.

 

Les pistes d’optimisation de la production

D’après les professionnels, sauf à disposer de moyens de stockage d’énergie, il faut se contenter d’un nombre de panneaux correspondant à la consommation électrique à midi au mois de mai. Par contre, si un industriel dispose d’un moyen de stockage, il peut aller bien au-delà et maximiser la production d’énergie solaire. Il y a plusieurs moyens de stocker ou de maximiser cette production, dont notamment les batteries ion lithium identiques à celles des voitures électriques. Elles ont un coût de stockage de l’ordre de 1 DH le kWh. Les batteries thermiques sont parfaitement compatibles avec les bâtiments d’habitation, les centres commerciaux et certaines industries.

D’après le patron de Maghreb Industries, celles-ci rendent possible un stockage d’énergie à un coût inférieur à 0,30 DH le kWh. D’autres systèmes existent, mais l’installation est plus complexe. Il s’agit des STEP, pour ne citer que celle d’Afourer, et le stockage d’air comprimé. «Pour les habitations et les unités commerciales qui consomment souvent beaucoup de climatisation ou du chauffage, le système de stockage thermique installé dans l’usine de Maghreb Industries à Casablanca est parfaitement adapté», révèle Marrakchi. Ce dernier explique que certaines villes aux Émirats Arabes Unis ont mis en place un District cooling qui, s’il est combiné avec le stockage thermique évoqué ci-dessus, permet de décarboner tout un quartier, en plus de réduire la facture énergétique et améliorer la qualité de vie des habitants. 

 

 

 

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