Valoriser le patrimoine marocain et enrichir l’expérience des visiteurs grâce au numérique, telle est l’ambition portée par CitizOn. Cette plateforme entend accompagner aussi bien les touristes que les habitants dans la découverte des villes marocaines, tout en contribuant à la préparation des grands rendez-vous internationaux, notamment le Mondial 2030. Entretien avec Mahja Nait Barka, fondatrice-CEO de CitizOn et secrétaire générale de Casamémoire.
Finances News Hebdo : Quel constat a été à l’origine de la création de CitizOn, ce concept où le smartphone devient un guide urbain de poche ?
Mahja Nait Barka : Tout est parti d’une frustration assez simple. Lorsque nous avons la chance de voyager à l’étranger, nous sommes curieux de tout : l’histoire d’une rue, l’origine d’un monument, les anecdotes locales… Pourtant, au Maroc, nous passons souvent devant des lieux extraordinaires sans même savoir ce qu’ils racontent. Le problème n’est pas que le Maroc manque d’histoires, c’est l’inverse. Nous disposons d’une richesse patrimoniale immense, mais elle reste souvent dispersée, difficile d’accès, mal renseignée ou réservée à ceux qui savent déjà où chercher. Nous avons donc imaginé CitizOn comme un compagnon de découverte. L’idée est de transformer le smartphone, que chacun a déjà dans sa poche, en guide culturel personnel. Vous êtes devant une place, un bâtiment, une médina ? En quelques secondes, vous accédez à son histoire, à ses anecdotes et à son contexte. Notre ambition est de faire en sorte que chaque promenade puisse devenir une expérience de découverte pour les touristes comme pour les Marocains eux-mêmes.
F. N. H. : À l’approche de grands rendez-vous comme la Coupe du monde 2030, comment les outils numériques peuvent-ils contribuer à améliorer l’orientation des visiteurs et à enrichir leur expérience de découverte du Maroc ?
M. N. B. : Les grands événements posent toujours le même défi : comment accompagner des millions de visiteurs dans des villes qu’ils découvrent pour la première fois ? Le digital permet d’apporter une réponse à grande échelle. Mais son rôle va bien au-delà de la simple orientation ou de l’information pratique. Un visiteur qui arrive à Casablanca, Marrakech ou Tanger ne cherche pas seulement son chemin vers le stade ou l’hôtel. Il veut savoir où manger, quoi visiter, comment se déplacer et comment organiser son temps. Il veut surtout profiter au maximum du temps qu’il passe dans le pays, qu’il s’agisse de quelques heures ou de quelques semaines. Son téléphone devient alors un véritable compagnon de voyage. En quelques clics, il peut découvrir l’histoire du quartier où il se trouve, trouver des itinéraires de découvertes personnalisées ou identifier les lieux et commerces incontournables à proximité. C’est autant de retombées économiques pour le territoire. Le numérique permet aussi de prolonger la relation avec le visiteur. Aujourd’hui, une expérience ne s’arrête pas lorsqu’on quitte un lieu. Elle se partage, se recommande et se prolonge en ligne. Chaque visiteur satisfait devient potentiellement un ambassadeur du Maroc auprès de son entourage. La Coupe du monde 2030 représente une opportunité unique. Des millions de personnes vont découvrir le Maroc, le pays s’est fixé l’objectif d’accueillir 26 millions de visiteurs. La question est : vont-ils seulement assister à un match ou vont-ils repartir avec le sentiment d’avoir découvert un pays, ses villes et ses histoires ? C’est cette deuxième expérience que nous cherchons à construire avec des outils numériques.
F. N. H. : CitizOn s’adresse non seulement aux visiteurs, mais également aux Marocains. Pourquoi est-il important que les habitants redécouvrent leur propre patrimoine ?
M. N. B. : Les premiers ambassadeurs d’un territoire sont ceux qui y vivent. On associe souvent le patrimoine aux touristes, alors qu’il concerne tout autant les Marocains eux-mêmes. Chez CitizOn, nous nous adressons à plusieurs publics à la fois, à savoir les visiteurs internationaux, les touristes marocains qui découvrent d’autres régions du pays, mais aussi les habitants qui souhaitent redécouvrir leur propre ville avec un regard neuf. Nous faisons souvent le même constat. En effet, beaucoup de personnes vivent depuis des années dans un quartier sans connaître l’histoire de la place qu’elles traversent chaque jour, du bâtiment devant lequel elles passent ou de la personnalité qui a donné son nom à une rue. Pourtant, dès que l’on raconte ces histoires, le regard change complètement. Cette question est également importante pour les acteurs locaux de l’hospitalité. Un réceptionniste, un chauffeur, un commerçant ou un serveur sont souvent sollicités par les visiteurs pour une recommandation ou une information sur la ville. Or, ils ne disposent pas toujours des connaissances nécessaires pour répondre avec précision ou mettre en valeur leur territoire. C’est là que l’académie digitale CitizOn Pro entre en scène. Pour nous, la valorisation du patrimoine et l’amélioration de l’expérience touristique sont intimement liées. Plus les habitants connaissent leur ville, plus ils en sont fiers. Plus les professionnels connaissent leur territoire, mieux ils peuvent le représenter auprès des visiteurs. Au fond, un territoire devient véritablement attractif lorsque ceux qui y vivent sont euxmêmes capables de le raconter.
F. N. H. : Quelle est votre ambition pour cette plateforme à moyen terme et comment peutelle contribuer à bâtir un véritable écosystème national de valorisation du patrimoine et d’accompagnement des visiteurs ?
M. N. B. : Notre ambition est de faire de CitizOn la porte d’entrée vers la découverte du Maroc. Cela passe d’abord par un déploiement géographique. Aujourd’hui, nous sommes présents dans neuf villes et nous poursuivons l’enrichissement de la plateforme avec de nouvelles destinations comme Fès, Meknès ou Oujda. L’objectif est de constituer progressivement le plus grand réseau de contenus culturels et de circuits de découverte dans les villes marocaines. Mais l’enjeu n’est pas seulement territorial, il est aussi technologique. Nous travaillons actuellement sur de nouvelles fonctionnalités qui permettront à CitizOn d’accompagner le visiteur tout au long de son séjour: un agenda culturel pour découvrir les événements à proximité, un annuaire de commerçants et d’artisans locaux, des recommandations personnalisées grâce à l’intelligence artificielle, de nouvelles langues pour toucher davantage de publics internationaux, ainsi qu’un espace média regroupant les podcasts Citiscape et des contenus originaux autour des villes marocaines. Nous développons également CitizOn Pro, le volet dédié aux professionnels de l’hospitalité, afin que la découverte numérique du territoire soit complétée par une expérience humaine de qualité sur le terrain. Aujourd’hui, l’information touristique, culturelle et pratique est souvent dispersée entre de multiples plateformes. Nous voulons créer un écosystème capable de connecter les visiteurs, les habitants, les acteurs culturels, les guides, les commerçants, les artisans et les professionnels du tourisme autour d’un objectif commun : celui de rendre le Maroc plus accessible et plus désirable. Notre ambition est qu’un visiteur reparte du Maroc avec l’envie d’y revenir.