Agréments de transport: le système plombe le secteur

Agréments de transport: le système plombe le secteur

Plusieurs chantiers comme le renouvellement du parc ou la généralisation de l’assurance maladie accusent un sérieux retard.

Pour éviter des tensions avec les professionnels, les autorités adoptent une réforme progressive.

 

Par C. Jaidani

La flambée des prix du carburant a mis au devant de la scène les problématiques du secteur du transport routier au Maroc. Les professionnels ont observé à maintes reprises des mouvements de protestation, appelant le gouvernement à prendre ses responsabilités. Les mesures prises, comme la subvention accordée directement aux opérateurs ou la prime à la casse, sont jugées insuffisantes pour soutenir l’activité. Une situation qui a dévoilé de nombreux dysfonctionnements et autres lacunes d’ordre structurel à combler.

Il faut rappeler que ce secteur est strictement réglementé. Il est encadré par le dahir n°1.63.260 du 2 novembre 1960. Dans ce texte de loi, il est stipulé clairement que l’exercice d’une telle activité nécessite l’obtention d’une autorisation spéciale, dite agrément. Ce système est de plus en plus décrié par les opérateurs, les citoyens et aussi la société civile.

«Le gouvernement d’Abdelillah Benkirane s’était engagé à mettre toute la lumière sur ce sujet, tout en investissant de nouvelles pistes pour le réformer. Mais cela n’a pas été le cas. Le système des agréments en général, et particulièrement dans le secteur du transport de voyageurs, n’a plus raison d’exister. Il est contreproductif et inadapté à l’évolution socioéconomique des Marocains, d’autant plus qu’il ne stimule pas l’investissement ou la création d’emploi. Du coup, le service rendu est en deçà des attentes des citoyens. Il est temps de mettre en place un autre système plus moderne et efficace, à l’instar de ce qui se fait dans les autres pays, notamment des entreprises avec des cahiers des charges bien ficelés», souligne Bouaâzza Kharrati, président de la Confédération des associations de protection des consommateurs au Maroc.

A cause des problèmes liés aux agréments, le programme de renouvellement du parc des taxis a pris un sérieux retard. En dépit de plusieurs prorogations, le niveau de remplacement est actuellement de 74%. Pourtant, la subvention allouée est intéressante. Elle est de 80.000 DH pour les grands taxis et 35.000 DH pour les petits. Du coup, des milliers de taxis sont en circulation bien qu’ils ne soient pas conformes à la réglementation en vigueur. Ainsi, au niveau administratif, si le bénéficiaire de l’agrément est décédé, le transfert de cet agrément n’est possible que dans des cas très limités, comme en faveur de la veuve ou d’un enfant à mobilité réduite ou nécessiteux. Par ailleurs, au niveau technique, les véhicules concernés ont un âge dépassant les 30 ans. A travers de nombreuses décisions, le ministère de l’Intérieur a commencé à mettre de l’ordre dans le secteur.

Ainsi, la circulaire 750 stipule qu’après le décès du détenteur de l’agrément, le véhicule peut être retiré dans un délai de 6 mois. La circulaire 336 vise, elle, à organiser le renouvellement du permis de confiance pour les chauffeurs de taxis et instaurer de nouvelles modalités pour l’exploitation de l’agrément et du véhicule. La 444, pour sa part, veut généraliser l’assurance maladie aux professionnels du secteur. D’autres décisions sont dans le pipe afin d’instaurer une formule plus moderne. Les autorités privilégient l’approche progressive pour éviter des tensions avec les opérateurs du secteur. Car l’on se rappelle de l’entrée en vigueur du nouveau Code la route en 2011 qui a généré une grève généralisée, poussant les transporteurs à geler leurs activités, à bloquer les circuits routiers et prendre en otage l’économie nationale.

«Le problème du transport routier, et plus particulièrement celui des taxis, nécessite un large débat impliquant tous les professionnels et intervenants pour aboutir à un consensus sur le sujet. Par le passé, les décisions imposées n’ont pas donné les effets escomptés. Il est primordial de prendre en considération certains éléments», souligne Mohamed Harak, secrétaire général du syndicat des grands taxis du grand Casablanca, affilié à la Confédération démocratique du travail (CDT). 

 

 

 

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