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Art : Joël Andrianomearisoa, un point c’est tout

Art : Joël Andrianomearisoa, un point c’est tout

Du 23 septembre 2022 au 16 juillet 2023, le Musée d’art contemporain africain, Al Maaden (Macaal), donne carte blanche à l’artiste malgache, Joël Andrianomearisoa, pour investir l’ensemble des espaces du musée en revisitant les savoir-faire traditionnels des artisans marrakchis, avec lesquels il collabore pour réaliser in situ les œuvres de l’exposition commissariée par Meriem Berrada : «Our land just like a dream».

 

2019, cette date-là restera inaltérablement gravée dans la mémoire des chevaliers servants de l’art madagascarien. Et pour cause : leur art, marqué du sceau de l’excellence, eut droit, en cette année bénie, à la distinction suprême, sous forme d’un pavillon à la Biennale de Venise –son premier d’ailleurs – avec la monumentale «I Have Forgotten the Night» signée Joël Andrianomearisoa. Le choix était tellement judicieux que même ceux qui auraient pu légitimement prétende à ce sacre, l’approuvèrent sans ambages. Cela donne la mesure de l’estime dans laquelle l’artiste, pétri d’un incommensurable talent, aussi bien que l’homme, discret, généreux et humble, sont tenus.

Né en 1977 à Antananarivo dans la capitale malgache et y a grandi pendant les douloureuses années de la révolution socialiste menée par le capitaine de frégate Didier Ratsiraka surnommé «l'Amiral rouge».

Intrigué, l’adolescent Andrianomearisoa, qui trouvait que l’architecture est le domaine de réflexion le plus complet, d’autant plus qu’elle l’oblige à conceptualiser, à avoir une idée, à être créatif… s’échinait vainement à percer le secret des formes et à les concevoir en rejoignant l’École spéciale d’architecture de Paris après avoir hésité entre les beaux-arts et une école de design. Il avait à peine 18 ans. Depuis lors, il se trouvait irrésistiblement happé par les formes qui se déployaient et les possibilités qui s’offraient.

Puis quoi ? Deux rencontres viennent infléchir le cours de sa destinée : celle de Jean-Loup Pivin, architecte et fondateur de Revue noire, un trimestriel spécialisé dans l’art contemporain africain, et de Simon Njamin, écrivain ainsi que critique d’art camerounais très connu sur le continent.

Lorsque le premier avait repéré cet «enfant terrible du monde de l'art et de la mode» à Madagascar, en 1997, Andrianomearisoa a fait la couverture dudit magazine pour un numéro spécial. Sitôt, le monde s'est ouvert à lui. La rue Cels aussi, dans le 14ème arrondissement de Paris. Ici, où siège la revue, les bureaux de l'architecte ont été convertis en studio de Joël Andrianomearisoa.

 

Architecte des sens

Son art est singulier. Andrianomearisoa conçoit des formes à travers lesquelles il fait parler la sentimentalité. Il est toujours dans une quête permanente de la matérialisation des émotions. C’est ainsi que ses œuvres traduisent les relations humaines telles que l'amitié, l'amour, la passion, le désir, l'espoir, le désespoir, la nostalgie, la mélancolie ou la tristesse, entre autres. Des choses extrêmement complexes, les mieux enfouies dans nos cœurs et qui ne sont pas palpables, mais très universelles selon lui.

Et quoi de mieux que d’exprimer cette universalité à travers, primo, la couleur noire, qui, selon lui «tend vers l’universel» et le blanc, symbole de pureté ainsi que du devenir. Et secundo, moyennant papier et textile-  sa matière de prédilection. «La malléabilité du tissu permet toutes les combinaisons à travers le nouage, le tissage, le découpage, l’assemblage. Il est porteur d’un langage qui peut aller très loin», affirme Andrianomearisoa.

Suite au dialogue entamé entre le MACAAL et l’artiste lors de sa participation à l’exposition «Ce qui s’oublie et ce qui reste», organisée dans le cadre de la Saison Africa 2020 au Musée national de l’histoire de l’immigration de Paris autour des questions mémorielles et de transmission, l’artiste est invité à composer pour «Our Land just like a Dream». Une œuvre polyphonique englobante ainsi qu’immersive séquencée en trois actes, en dialogue avec une sélection d’œuvres issues de la collection du musée et en parfaite harmonie avec le territoire marrakchi.

Sensible à toutes les matières, Joël Andriaomearisoa croise aussi les médiums, à savoir : dessin, installation, performance, sculpture, vidéo, photographie, costume et scénographie. Qui plus est, l’artiste expérimente également le son dans ses œuvres. Pour Marie-Cécile Zinsou, présidente du musée d’art contemporain de Ouidah, très engagée dans la restitution des trésors royaux réclamés par le Bénin, c’est «un artiste multimédia»… On croit rencontrer un plasticien, on tombe sur un architecte des sens.

 

 

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