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Dar Bouazza: la route infernale

Dar Bouazza: la route infernale

Il y a des lendemains qui déchantent. Certains deviennent même des cauchemars tant ce à quoi on s’attendait s’est révélé à l’opposé de nos espérances. C’est exactement ce qui s’est passé pour les dizaines de milliers de familles qui ont décidé un jour de fuir l’enfer de Casablanca, avec ses embouteillages, ses nuisances, son chaos urbain et sa pollution en tous genres, pour s’établir à la périphérie, sur la côte atlantique, à Dar Bouazza, plébiscitée comme une destination calme, reposante et loin des désagréments des grandes villes. 

À dire vrai, il y a de cela vingt ans, la région de l’Oued Merzeg promettait tant, mais la zone a très vite été rattrapée par les dures réalités de l’urbanisme à outrance. Entre démographie galopante et constructions à tout-va, avec des dizaines de projets qui sortent de terre, chaque mois, c’est une autre ville satellite qui a pris corps à quelques encablures de la mégapole. Le rêve d’avoir sa petite villa, son jardin, son mur d’enceinte, son chien et la balade en bord de mer aurait pu être une réalité concrète s’il y avait une véritable volonté urbanistique pour faire de Dar Bouazza un havre de paix à l’américaine, loin du trafic routier, loin de l’alignement des projets immobiliers qui rivalisent tous dans le même style s’inspirant de la Costa -Del Sol, sans réfléchir à trouver un moyen infaillible pour permettre aux résidants de rouler dans les deux sens, aller-retour au centre-ville, en 20 minutes comme cela a été le slogan de presque tous les promoteurs qui ont choisi le littoral pour construire des résidences et autres Resorts. 

Aujourd’hui, les réalités sont tout à fait différentes. Pour faire le trajet Dar Bouazza-la corniche à Ain Diab, il faut compter 1heure 30 au bas mot. Les week-ends, c’est encore pire avec tous les Casablancais qui vont passer la journée dans des clubs de plage soi-disant privés. Un flux humain considérable qui paralyse littéralement la circulation dans les deux sens, à l’aller comme au retour, forçant de très nombreux habitants de Dar Bouazza à ne plus descendre à Casablanca, pour la simple raison qu’ils savent qu’il leur faut faire trois heures de route pour quelques courses ou autres affaires urgentes. «J’hésite et je réfléchis deux fois avant de prendre ma voiture. C’est un stress terrible de savoir que chaque jour, je dois passer des heures  coincé dans des bouchons. Avec le télétravail, je me débrouille pour rester sur place, mais pour les courses, pour l’école des gosses, pour voir les amis et la famille, on fait comment ?», confie cette mère qui ne sait plus à quel saint se vouer.

Résultat des courses, les uns et les autres renoncent à prendre la route et restent chez eux, avec des soucis en plus : pouvoir accéder aux plages, trouver où se garer, éviter la cohue et la débandade sans parler de tous les tracas de tous les jours entre accompagnement des enfants à leurs écoles, assurer ses rendez-vous de travail sans retard et jouir d’un hypothétique temps libre, raison initiale qui a poussé des milliers de Casablancais de fuir le centre pour aller se ressourcer en bord de mer.

Face à une telle configuration, inutile d’insister sur le fait que la majorité des habitants de Dar Bouazza regrettent aujourd’hui d’avoir choisi cette zone pour y couler des jours paisibles, à défaut d’être heureux. «Je veux bien vendre et rentrer à Casablanca vivre même  dans un appartement, mais il n’y a pas d’acheteurs. Tout le monde sait que Dar Bouazza est une mauvaise affaire», affirme ce père de famille qui ne cache pas son désespoir et sa résignation. Certains ont mis leur maison en vente, mais ils ne trouvent personne pour la reprendre. Tout le monde a compris que vivre à Dar Bouazza équivaut à un calvaire au quotidien, avec des bouchons interminables et une circulation monstre. 

Coincés de toutes parts, nombreux sont ceux qui baissent les bras et attendent que les autorités de la région prennent des mesures urgentes et draconiennes pour rendre la vie de ces milliers de familles moins stressante. Cela peut d’abord commencer par des routes larges et praticables, par une gestion stricte de la circulation sur ce tronçon routier qui pose problème, par une volonté des responsables de la question urbanistique de ne pas multiplier les chantiers, voulant créer des corniches partout, alors que celle de Ain Diab, considérée comme la vitrine du littoral est déjà dans un état déplorable.

Par Abdelhak Najib
 

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