Aziz Akhannouch : savoir partir

Aziz Akhannouch : savoir partir

Dans la vie politique marocaine, il est une règle tacite que personne n’ose vraiment inscrire noir sur blanc : lorsqu’on atteint le sommet d’un parti, on s’y installe durablement. On y prend racine et on y façonne les statuts, parfois jusqu’à les modeler à sa propre longévité.

Les congrès deviennent des formalités, les mandats des routines et l’alternance interne une promesse toujours repoussée à demain. C’est dans ce paysage politique particulier que la décision d’Aziz Akhannouch de ne pas briguer un troisième mandat à la tête du Rassemblement national des indépendants (RNI) est un geste suffisamment rare pour être souligné. Mais au fond, ce retrait pose une question plus large : pourquoi apparaît-il aujourd’hui comme singulier ?

Simplement parce que Akhannouch a choisi de respecter la limitation statutaire à deux mandats. Et s’y tenir. Ce refus de «tripatouiller» les règles internes est un signal. A la classe politique d’abord, sommée implicitement de réfléchir à ses propres pratiques. Aux citoyens ensuite, dont une partie observe la vie partisane avec une distance croissante, parfois teintée de désaffection. Car, il faut bien le dire, l’image de dirigeants qui s’accrochent vaille que vaille à leurs fauteuils est ancrée dans la conscience collective.

Dans ce contexte, partir volontairement peut devenir un message aussi puissant que rester. D’autant qu’il s’agit de montrer qu’un parti n’est pas une propriété privée et que l’exercice du pouvoir peut avoir une fin choisie. C’est dire que cette décision de Akhannouch renvoie chaque parti politique marocain à sa propre pratique. Savoir partir sans y être contraint. Préparer la relève sans crise interne. Respecter les textes sans les réécrire à sa convenance. Offrir aux citoyens une image de responsabilité politique mature.

Dans un pays où la confiance partisane reste fragile, ce type de geste, même partiel, peut produire un effet d’entraînement. Ou au moins susciter une interrogation salutaire. Oui, la politique peut survivre à ses chefs. Et parfois, il faut savoir partir au bon moment. Reste maintenant l’après-Akhannouch. Qui pour lui succéder ? Qui pour maintenir le RNI dans sa trajectoire actuelle et le porter encore une fois au sommet lors des législatives prévues fin septembre ?

Reconnaissons-le : si, en tant que chef de gouvernement, Akhannouch n’aura pas été épargné par la critique tout au long de ses deux mandats, en sa qualité de chef de parti, il aura fait depuis 2016 un travail colossal pour propulser le RNI comme première formation politique du Royaume. En 10 ans, il l’a refaçonné, discipliné et profondément réorganisé. A tel point que le parti est aujourd’hui intimement associé à son architecte. Ce qui rend la succession délicate. Mais, comme le dit le dicton, personne n’est irremplaçable.

 

Par F.Z Ouriaghli

 

 

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