Le 2 avril 2025 constitue un tournant dans l’économie mondiale. Et pour cause, les nouvelles mesures douanières imposées par Donald Trump sur les importations en provenance de 180 pays et circonscriptions, dont le Maroc.
L’administration américaine a prévu une taxe minimale de 10% sur tous les biens importés, tandis que certains pays feront face à des taxes plus sévères.
Ainsi, les produits en provenance de l'Union européenne seront frappés d’une taxe de 20%, tandis que ceux originaires de Chine subiront une imposition de 34%. Cette décision met l’économie mondiale dans une position délicate, exacerbant les incertitudes concernant l’avenir des échanges transatlantiques.
«La décision de Trump de faire appliquer des taxes douanières sur plusieurs produits émanant de plusieurs pays, notamment de l’UE et de la Chine, commence à se faire sentir, avec une grande perturbation des marchés financiers, une chute des prix du pétrole et l’envolée des prix des matériaux précieux, notamment l’or», constate Rachid El Fakir, expert en économie.
Pour sa part, le Maroc n’est pas épargné. Il se retrouve taxé de 10% supplémentaires sur ses exportations vers les États-Unis. Bien que ces dernières ne représentaient que près de 3,5 milliards de dirhams en 2023, cette décision pourrait bouleverser plusieurs secteurs clés de l’économie marocaine, en particulier le textile, l’agroalimentaire et l’industrie automobile.
«À l’instar des pays du monde, le Maroc sera sans doute touché par la récession que pourrait engendrer cette situation. L’ouverture accrue de l’économie marocaine le laissera sans doute vulnérable aux chocs de l’offre et de la demande auxquels sont soumis les marchés», explique El Fakir.
Depuis la mise en place de l’Accord de libre-échange entre les États-Unis et le Maroc en 2006, les deux nations ont développé des relations commerciales privilégiées, avec une réduction progressive des droits de douane sur de nombreux produits. L’instauration de ces nouvelles taxes remet en question ces avantages acquis et pourrait compromettre les ambitions marocaines d’expansion vers le marché nord-américain. En réponse, le Royaume pourrait être contraint de réorienter ses flux commerciaux vers l’Europe, l’Afrique ou encore l’Asie.
Notons qu’à compter du vendredi 5 avril, la nouvelle taxe entrera en vigueur pour toutes les marchandises en provenance du Maroc, ainsi que des autres pays concernés.
L'Union européenne prévoit des «contre-mesures»
Les partenaires commerciaux des États-Unis ont rapidement exprimé leur mécontentement, menaçant de riposter tout en privilégiant le dialogue. Au lendemain de cette annonce de Trump, l'Union européenne a ainsi fait savoir qu’elle préparait des «contre-mesures» pour répondre aux tarifs douaniers imposés par les États-Unis.
«L'UE travaille déjà à un nouveau paquet de contre-mesures au cas où les négociations avec l'administration américaine, souhaitées par Bruxelles, devaient échouer», a assuré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne.
La responsable européenne avait déjà annoncé en mars dernier des mesures qui pourraient inclure des taxes ciblant des produits emblématiques américains, tels que le bourbon ou les motos Harley-Davidson. Parallèlement, l'UE envisage d’accélérer la mise en place d’une taxe sur les services numériques, souvent appelée "taxe GAFAM", afin de cibler les grandes entreprises technologiques américaines.
Cette initiative, déjà évoquée par le passé, pourrait servir de levier stratégique dans les négociations commerciales avec Washington. «Avec la riposte des pays touchés par cette vague de taxes douanières, l’horizon d’une guerre commerciale commence à se dessiner, mettant en jeu la stabilité de l’économie mondiale», conclut Rachid El Fakir.
D. Mbakou