Législatives 2026 : «Le RNI a été victime d’un vote sanction»

Législatives 2026 : «Le RNI a été victime d’un vote sanction»

Les élections législatives du 23 septembre 2026 ont dégagé une nouvelle architecture politique. Mohamed Belmir, politologue, décortique dans l’entretien qui suit les enjeux de ce scrutin, la nouvelle configuration politique ainsi que le phénomène de l’absentéisme qui ne cesse de progresser au fil des échéances électorales.

 

Propos recueillis par C. Jaidani

Finances News Hebdo : Quelle est votre analyse des résultats des élections du 23 septembre 2026 ?

Mohamed Belmir : Si l’on prend en considération les résultats définitifs publiés par le ministère de l’Intérieur, on peut dire que c’est une nouvelle cartographie politique qui se dégage à l’issue du scrutin du 23 septembre 2026. Certes, ce sont les partis formant la coalition gouvernementale qui sont arrivés en tête, mais l’architecture est différente par rapport aux élections de 2021. On note la montée du Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM) aux dépens du Rassemblement national des indépendants (RNI). Ces élections ont été marquées également par une nette remontée du Parti de la justice et du développement (PJD), qui a tiré profit des enseignements de sa dégringolade lors des élections de 2021 et a essayé de les corriger. Il faut souligner que les trois partis (PAM, RNI et Istiqlal) disposent de 228 sièges, ce qui leur permet d’avoir une majorité confortable pour former le gouvernement.

 

F. N. H. : Peut-on s’attendre à une reconduction de la même coalition gouvernementale ?

M. B. : C’est possible. Tout dépendra du profil du chef du gouvernement qui sera désigné par Sa Majesté le Roi, et des différents compromis ou alliances qu’il peut avoir avec les autres partis pour former son cabinet. Par ailleurs, il faut noter que le RNI a dirigé le gouvernement en 1977 avec Ahmed Osmane et en 2021 avec Aziz Akhannouch, alors que le PAM sera à sa première expérience. On peut s’attendre à une équipe de technocrates avec une étiquette politique.

 

F. N. H. : Comment expliquez-vous la remontée du PAM et le recul du RNI ?

M. B. : Les élections du 23 septembre 2026 sont marquées par un basculement de l’électorat. La formation de la Colombe a été victime d’un vote sanction visant principalement son chef, Aziz Akhannouch, qui a dirigé le gouvernement. La bataille s’est jouée essentiellement dans le monde rural où le taux de participation est plus élevé que dans les villes. Dans ces zones, les notables jouent un rôle déterminant grâce à leur proximité sociale, tribale et familiale avec les électeurs. Ainsi, les électeurs votent pour les personnes et non pour les partis. Le PAM a su attirer de nombreux candidats déjà parlementaires du RNI et d’autres partis qui jouissent d‘une popularité dans leurs circonscriptions respectives. Il a bénéficié de la colère sociale existante. D’ailleurs, ses leaders ont critiqué sévèrement le bilan du gouvernement à plusieurs niveaux. Chiffres à l’appui, Fouzi Lekjaa n’a pas hésité, lors de la campagne électorale, à tirer sur le RNI au sujet de la baisse du pouvoir d’achat, des conflits d’intérêt et du chômage. A travers ses sorties médiatiques, le PAM a pris intelligemment ses distances avec le RNI, sans assumer la responsabilité de l’action gouvernementale, même si ce parti pilotait plusieurs départements ministériels. La formation du tracteur se présentait comme le parti des réformes et du changement et tablait sur l’image de Fouzi Lekjaa et sa notoriété dans le football pour séduire un plus grand nombre de lecteurs, particulièrement auprès des jeunes.

 

F. N. H. : Ce scrutin a été marqué par un taux de participation de 38%. Cet absentéisme n’est-il pas inquiétant et ne présente-t-il pas un risque pour la démocratie dans notre pays ?

M. B. : Le taux de participation est un enjeu important. Il est très suivi et très attendu. Cela interpelle non seulement l’Etat, mais également les partis politiques qui ont failli en matière d’encadrement et de mobilisation des citoyens. Certes, le taux de participation est de 38%, mais ce qui est alarmant, c’est le nombre de votants par rapport à la population en âge de voter qui n’a pas dépassé 21%. Les efforts de la classe politique ne doivent pas se concentrer uniquement lors des périodes électorales, mais être permanents. L’absentéisme et le peu d’intérêt des citoyens pour les élections ne datent pas d’aujourd’hui. Il faut se rappeler que lors du scrutin de 2007, on avait enregistré un niveau historique, le plus bas de participation avec 37%. Certes, ce taux a rebondi lors des élections de 2021 à hauteur de 50,36%, essentiellement à l’organisation simultanée des élections communales et régionales. Cela a incité les citoyens à se déplacer aux bureaux de vote. Toutefois, cela n’empêche qu’il faut se pencher sur ce phénomène et essayer de trouver des solutions pour les prochaines échéances. 

 

 

 

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