Bourse & Finances

Tous les articles

Devises et commerce international : l'Office des changes lâche du lest

Devises et commerce international : l'Office des changes lâche du lest

La refonte de l'Instruction générale des opérations de change (IGOC) 2026 redessine le cadre opérationnel des entreprises marocaines tournées vers l'international. Lors de la 3ème édition des Business Meetings organisée à Casablanca par Bank of Africa (BOA), en partenariat avec l'Office des changes et l’AMDIE, les dirigeants économiques ont décrypté ces nouveaux leviers réglementaires destinés à sécuriser et fluidifier les transactions transfrontalières.

 

Par Y. Seddik

Cette révision intervient dans un contexte de stabilisation des indicateurs monétaires du Royaume. La croissance économique nationale s'est établie à 4,9% au terme de l'exercice 2025, signant sa meilleure performance depuis 2017. Ce dynamisme coïncide avec un flux historique d’investissements directs étrangers (IDE) ayant dépassé 56 milliards de dirhams. L’investissement global a atteint 422,5 milliards de dirhams en 2024 (+14% sur un an).

Les avoirs officiels de réserve couvrent désormais entre 5,5 et 6 mois d'importations, offrant aux autorités la marge de manœuvre nécessaire pour engager ces assouplissements. Côté balance commerciale, les importations s'élèvent à 822 milliards de dirhams face à des exportations de 474 milliards portées par l'automobile. Toutefois, l'analyse structurelle montre que 70% des achats extérieurs se composent de biens d'équipement et de produits industriels requis pour les chantiers d’infrastructure (extension ferroviaire, gigafactories de batteries).

Les projections institutionnelles prévoient une baisse mécanique de ces importations d'ici trois ans, une fois ces unités de production opérationnelles. La mise à jour de la réglementation transforme les règles de change en un outil de pilotage stratégique pour les opérateurs. Parmi les mesures phares, les startups labellisées voient leur plafond d'investissement à l'étranger porté à 10 millions de dirhams par an. Pour les investisseurs internationaux, les clauses de garantie actif-passif lors d’acquisitions de parts sociales sont désormais déléguées aux banques, éliminant le recours systématique à une autorisation préalable. De plus, une tolérance de transfert de dividendes jusqu’à 2 millions de dirhams est accordée aux investisseurs étrangers peinant à justifier l’historique de leur financement initial.

Pour les exportateurs de services, l'IGOC 2026 permet de loger jusqu'à 15% du montant d'un marché international directement dans un compte en devises pour couvrir les frais courants sur les contrats pluriannuels. Concernant l'importation de services, le principe de liberté adossé à l’effectivité prévaut. Les flux intragroupe (management fees, franchises, minimum de garantie) restent soumis au contrôle de l'Office des changes pour éviter l’optimisation fiscale sans contrepartie réelle.

Le statut d’opérateur catégorisé (cocertifié par la Douane et la DGI) offre des avantages accrus : • Règlement anticipé : Possibilité de régler 100% d'une importation avant son entrée sur le territoire national. • Négoce international : Autorisation de payer un fournisseur étranger avant l’encaissement du client final. • Voyages professionnels : Dotation portée à 1,5 million de dirhams (contre 1 million pour le régime général). • Comptes de devises : Relèvement du taux de détention des avoirs à 80% (contre 70% pour le régime général). Pour le commerce électronique, une dotation e-commerce modulable jusqu’à 200.000 dirhams est créée, avec un plancher garanti de 50.000 dirhams pour les nouvelles structures.

 

Reconfiguration logistique et intégration sectorielle

Ces réformes s'inscrivent dans une refonte globale des chaînes de valeur mondiales. Le Maroc tire parti de son accord de libre-échange avec les États-Unis. Les droits de douane réciproques imposés par Washington à certaines provenances concurrentes (allant jusqu'à 60%) confèrent un avantage de compétitivité de 10 à 12% aux textiles et produits agroalimentaires marocains. À cela s'ajoute l'entrée en vigueur définitive de la taxe carbone européenne (CBAM) au 1er janvier 2026. Les investissements du Royaume dans les énergies renouvelables (cible de 72% d'ici 2030) permettent de fournir les certifications vertes exigées par les donneurs d’ordres européens.

Par ailleurs, la ZLECAf, dans sa sixième année d’application avec 24 pays actifs dans les baisses tarifaires, ouvre l'accès à un marché continental en pleine expansion. Sur le plan sectoriel, l'automobile affiche un taux d'intégration locale de 70% (cible de 85% en 2030) via la fonderie d'aluminium et l'électronique embarquée. L'aéronautique progresse à deux chiffres depuis dix ans, tandis que la pharmacie cherche à relocaliser la production de ses principes actifs, importés à près de 100%. Enfin, pour encadrer ces mutations, la Charte de l'investissement a validé en trois ans (2023-2025) près de 250 projets pour un montant global de 440 milliards de dirhams, proposant des primes à l'investissement privé allant jusqu'à 30%.

L'AMDIE déploie en parallèle des programmes d’appui comme «Export More Now» et «Tour Export», ce dernier octroyant des subventions d’amorçage de 1 à 2 millions de dirhams pour les entreprises exportatrices. En complément, Bank of Africa structure cet élan à travers des solutions financières ciblées : le mécanisme TPME Invest pour l’investissement, la plateforme Business Online pour la gestion intégrée des flux internationaux, et sa salle des marchés dédiée à la couverture proactive contre le risque de change. 

 

 

 

Articles qui pourraient vous intéresser

Mercredi 16 Septembre 2026

Réseaux sociaux, WhatsApp, Telegram : l’AMMC alerte sur les fausses offres d’investissement

Mercredi 16 Septembre 2026

Opération Marhaba 2026 : 4,13 millions de MRE accueillis en trois mois

Mercredi 16 Septembre 2026

Conseil national de la presse : les journalistes élus et les éditeurs désignés dévoilés

L’Actu en continu

Hors-séries & Spéciaux