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Ciblage de l’inflation : BAM lance le compte à rebours

Ciblage de l’inflation : BAM lance le compte à rebours

À l’issue de sa deuxième session trimestrielle de l’année, le Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM) a opté pour la continuité en maintenant son taux directeur inchangé à 2,25%, pour la cinquième fois consécutive. La Banque fixe à décembre prochain le test «à blanc» du passage historique au ciblage de l'inflation prévu en 2027.

 

Par Y. Seddik

L'analyse conjoncturelle de la Banque centrale met en évidence une accélération de l’inflation globale à court terme. Après deux exercices stables autour de 0,8%, l’indice des prix à la consommation devrait atteindre 1,5% en moyenne en 2026 avant de s’établir à 2,1% en 2027. Cette poussée s'explique principalement par le rebond des prix des carburants (+28,1% en avril-mai 2026) provoqué par les tensions au Moyen-Orient, ainsi que par la hausse de l’inflation importée.

À l'inverse, l'inflation sousjacente reste contenue à 0,2% cette année, freinée par la baisse des prix des huiles alimentaires, notamment l'huile d'olive, avant un net rattrapage projeté à 2,9% en 2027. Sur le front de la croissance, l'économie nationale devrait enregistrer une expansion de 5,2% en 2026, portée par un fort rebond de la valeur ajoutée agricole (+16%) et une récolte céréalière estimée à 90 millions de quintaux. Pour 2027, BAM anticipe un ralentissement mécanique à 3,1% sous l'effet de base d'un retour à une production agricole moyenne, tandis que les activités non agricoles feront preuve de régularité avec une consolidation attendue à 4,2%.

Détroit d'Ormuz, principal risque sur les comptes extérieurs

Le creusement temporaire du déficit du compte courant, attendu à 4% du PIB en 2026, découle directement de l’alourdissement de la facture énergétique (+26% à 135 Mds de DH) et de la progression de 12,3% des importations de biens d'équipement nécessaires aux grands chantiers nationaux. Bien que jugé non alarmant par les autorités monétaires en raison de la robustesse des recettes touristiques (161,1 Mds de DH prévus en 2027) et des transferts MRE (130 Mds de DH en 2027), ce déficit reste exposé aux menaces géopolitiques mondiales.

Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, a explicitement pointé du doigt les risques de blocage autour du détroit d'Ormuz. Cette zone constitue un point de passage stratégique par lequel transite la moitié des importations de soufre du groupe OCP. Toute perturbation prolongée dans cette région ferait peser un risque direct d'approvisionnement sur l'industrie des phosphates, affectant la capacité de production et d’exportation du pays. BAM réévaluera ces risques lors de ses prochaines projections en septembre. La flexibilité du Dirham demeure toutefois protégée par le niveau jugé «très confortable» des réserves de change, qui se maintiendront au-dessus du seuil des 6 mois d’importations jusqu’en 2027.

Ciblage de l'inflation

Le basculement vers un régime de ciblage de l'inflation franchit une étape décisive. Abdellatif Jouahri a annoncé la présentation du dossier technique complet au Conseil de BAM en septembre prochain, ouvrant la voie à une phase de simulation à blanc globale en décembre 2026. L'objectif est de valider les circuits opérationnels avant le déploiement officiel prévu pour 2027. Rappelons que le ciblage de l’inflation impose à la Banque centrale de définir un objectif chiffré et explicite d'évolution des prix à moyen terme, en ajustant de manière transparente ses instruments de taux pour ancrer les anticipations des marchés.

BAM s'appuie sur l'assistance technique du FMI et collabore étroitement avec des institutions homologues, notamment la Banque centrale du Chili, pour finaliser ses modèles de prévision. Un vaste programme de formation régionale de ses cadres a été initié pour vulgariser le futur signal monétaire auprès des banques, des universitaires et du secteur privé. Un mémorandum de transition sera également soumis au gouvernement issu des prochaines élections de 2026 afin de garantir la cohérence des politiques budgétaire et monétaire.

Relais de croissance privé

Pour soutenir l'activité économique au-delà de 2030, Bank Al-Maghrib insiste sur l'urgence de voir l'investissement privé prendre le relais de l'effort public. Si des leviers fondamentaux comme la nouvelle Charte de l'investissement, la loi sur les partenariats public-privé (PPP) et la réforme des Centres régionaux d'investissement (CRI) sont opérationnels, le financement du tissu entrepreneurial reste à parfaire.

Pour les très petites entreprises (TPE) représentant plus de 90% des structures économiques nationales, une réunion interministérielle élargie au GPBM et à la CGEM se prépare pour fluidifier le crédit bancaire et déployer les outils de garantie du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement. Enfin, sur le volet international, la Banque centrale s’attèle à résoudre le contentieux réglementaire né d'une directive de l'Union européenne issue du contexte post-Brexit.

Cette réglementation remet en cause l'activité historique d'intermédiation des filiales bancaires marocaines installées en Europe auprès de la diaspora (MRE). Une task force nationale associant BAM, le ministère des Affaires étrangères et la Direction du Trésor a engagé des négociations directes avec les États membres, l'application de la directive dépendant des transpositions nationales. Les discussions se poursuivent tout au long de 2026 avec la France, la Belgique, les Pays-Bas, l'Espagne et l'Italie. Le wali de BAM s'est dit confiant quant à une issue positive, tout en rappelant que le Maroc pourrait faire valoir le principe de réciprocité vis-à-vis des intérêts financiers de ces pays sur le territoire national. 

 

 

 

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