Mondial 2030 : où en sont les chantiers qui doivent transformer le Maroc ?

Mondial 2030 : où en sont les chantiers qui doivent transformer le Maroc ?

Stades, aéroports, LGV, trains de proximité et autoroutes : le Maroc prépare bien plus que l’accueil de matchs de football. À quatre ans du Mondial, certains équipements sont déjà en service, tandis que les projets de transport les plus structurants restent à livrer.

 

Par K. A.

Le plus important programme de mobilité annoncé est ferroviaire. L’enveloppe prévue atteint 96 milliards de dirhams à l’horizon 2030. Elle comprend 53 milliards de DH pour la LGV Kénitra-Marrakech et le développement du transport régional sur le réseau existant, 29 milliards pour l’acquisition de 168 trains, et 14 milliards de DH pour les gares ainsi que le maintien des performances du réseau. L’extension de la grande vitesse vers Marrakech, sur un axe d’environ 430 kilomètres, doit relier plus efficacement les grands pôles du littoral atlantique et la principale destination touristique du pays. Le projet a dépassé le stade des annonces.

Dans son bilan publié un an après le lancement du programme, l’ONCF faisait état de 15 viaducs en cours de réalisation et de trois tranchées couvertes situées notamment près de l’aéroport de Casablanca, à Zenata et à Aïn Atiq. Le volet régional sera tout aussi décisif pour les habitants. Dans la région de Casablanca, le projet de réseau express régional (RER) porté par l’ONCF prévoit des dessertes entre Mohammedia et Nouaceur, vers l’aéroport Mohammed V et vers le futur stade de Benslimane, avec des prolongements de service en direction de Settat et d’El Jadida.

Le Centre régional d’investissement présente trois composantes de 74, 28 et 43 kilomètres. À ce stade, il s’agit d’un réseau projeté : fréquence, correspondances et date effective de mise en service devront être confirmées à mesure que les travaux avanceront.

Les aéroports face à une demande déjà croissante

L’aérien offre l’indicateur le plus immédiat de la pression à venir. Les aéroports marocains ont accueilli 36,3 millions de passagers en 2025. Sur les sept premiers mois de 2026, ils en ont enregistré 22.282.997, soit 8,77% de plus qu’à la même période de 2025, d’après l’ONDA.

La modernisation répond donc à une croissance déjà observée, audelà de la seule perspective du Mondial. Le protocole signé entre l’État et l’ONDA prévoit 38 milliards de DH d’investissements sur la période 2025-2030. Sur ce total, 25 milliards sont destinés notamment au nouveau terminal hub et à une nouvelle piste à Casablanca, ainsi qu’au développement des capacités de Marrakech, Agadir, Tanger et Fès. Les 13 milliards restants concernent la maintenance, la modernisation et le foncier.

L’objectif affiché est de porter la capacité du réseau aéroportuaire à 80 millions de passagers à l’horizon 2030. Le ministre du Transport, Abdessamad Kayouh, a résumé la portée du chantier lors du Conseil d’administration de l’ONDA en avril 2025 : il s’agit de «soutenir la croissance du transport aérien, d’améliorer la qualité des services et de répondre aux attentes des visiteurs».

Casablanca concentre une partie essentielle de cette transformation. Le projet vise à faire de Mohammed V un hub mieux relié au réseau ferroviaire, notamment à la grande vitesse et aux trains régionaux. Sur le papier, cette connexion pourrait changer l’expérience du voyageur: rejoindre directement Rabat ou Marrakech sans ajouter un long trajet routier à son vol. Dans les faits, la performance dépendra de la livraison coordonnée du terminal, de la gare, des voies et des services ferroviaires.

Le dernier kilomètre sera déterminant Les routes et autoroutes complètent ce maillage. Un programme de 12,5 milliards de DH sur la période 2025-2032 couvre notamment l’autoroute continentale Rabat-Casablanca, la liaison Tit Mellil-Berrechid et le réaménagement de nœuds autoroutiers. Ces projets doivent améliorer la circulation sur l’axe le plus sollicité du pays et l’accès au Grand Stade Hassan II. Leur horizon financier s’étend toutefois au-delà de 2030: il faut donc suivre séparément les tronçons qui seront opérationnels avant le tournoi.

La coordination de ces projets est désormais un sujet en soi. En juillet 2026, Fouzi Lekjaa, président de la FRMF, a appelé à une préparation anticipée et à un suivi coordonné des étapes du Mondial. Il a précisé que l’organisation serait supervisée par la Fondation Maroc 2030 en partenariat avec la Fédération. Cette déclaration prend un relief particulier au regard de la diversité des maîtres d’ouvrage : stades, rail, aéroports et routes doivent avancer selon des calendriers compatibles.

L’état des lieux est contrasté. Le Maroc dispose déjà d’un grand stade reconstruit et utilisé à Rabat, d’un chantier majeur engagé à Benslimane et de programmes financés pour le rail et les aéroports. Mais les montants annoncés, les capacités futures et les kilomètres projetés ne sont pas des infrastructures disponibles aujourd’hui. Le rendez-vous de 2030 dépendra surtout de la synchronisation des livraisons : un stade achevé sans desserte suffisante ou un terminal agrandi sans correspondances efficaces ne produira qu’une partie du résultat attendu.

La métamorphose promise dépasse le football. Si les nouvelles liaisons fonctionnent pour les usagers après la compétition, l’investissement aura modifié durablement la mobilité du pays. C’est à cette échelle - celle des trajets quotidiens autant que des soirs de match - que les chantiers du Mondial devront être jugés.

 

 

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