Industrie du béton : Une branche qui croule sous le poids de la fiscalité

Industrie du béton : Une branche qui croule sous le poids de la fiscalité

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La mise en place du contrat de performance (2016-2020) pour le secteur des matériaux de construction a poussé la filière de l’industrie nationale du béton à revoir à la hausse ses ambitions de développement. Toutefois, cette branche, qui a réalisé un chiffre d’affaires de près de 5 Mds de DH en 2015, continue de subir les méfaits d’une fiscalité jugée trop lourde.

 

L’Etat, à travers le ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique et les professionnels du secteur des matériaux de construction, ont pris récemment un certain nombre d’engagements afin de donner du sang neuf à un secteur hautement névralgique pour l’économie nationale. En effet, le contrat de performance (2016-2020) conclu entre les pouvoirs publics et les opérateurs devrait permettre, entre autres à la branche des matériaux de construction qui dénombre cinq principales filières, de générer à terme 28.000 emplois, avec à la clef un chiffre d’affaires additionnel de plus de 10 Mds de DH. A noter que ces filières concernent le marbre, le préfabriqué, la céramique, le ciment et l’acier. Le contrat-programme vise de surcroît à améliorer la balance commerciale du pays de l’ordre de 4,8 Mds de DH. C’est dans ce contexte que l’Association marocaine de l’industrie du béton (Amib) a organisé récemment une rencontre à Rabat sous le thème : «Contrat de performance : Levier de croissance pour le secteur de l’industrie du béton». L’occasion pour Azzedine Abaakil, président de l’Amib, de décrire le caractère crucial du préfabriqué pour l’écosystème de la construction et l’économie nationale de façon générale.


Les particularités de la filière
L’industrie du béton au Maroc compte pas moins de 500 entreprises qui tout en générant près de 5 Mds de DH de chiffre d’affaires, emploie 11.000 salariés. A en croire Azzedine Abaakil, cette branche respectueuse des normes de fabrication en vigueur et peu énergétivore présente une double particularité. Celle de ne pas engendrer un impact sur l’environnement, grâce à l’utilisation de produits naturels et sa propension à doper les exportations nationales. A côté de ces atouts indéniables, il subsiste certains indicateurs qui laissent transparaître des contraintes pénalisantes pour la compétitivité de l’industrie nationale du béton. En effet, cette dernière consomme environ 1.100.000 tonnes de ciment par an, soit 7,5% du ciment consommé au Maroc. Sachant que ce chiffre est quatre fois plus élevé dans les pays développés. Les professionnels relient ce retard à une kyrielle de lacunes pour ne citer que l’absence de standardisation des techniques de construction, le prix élevé du foncier industriel et le manque de formation des salariés du secteur du BTP.
De plus, la fraude fiscale et l’importance de l’informel grèvent la compétitivité des bons élèves. «La vente au noir concerne aussi bien les petites unités de production que celles de taille beaucoup plus importante», s’offusque Mehdi Maachi Haddou, vice-président de l’Amib. Cela dit, le contrat-programme qui devrait aider l’industrie du béton à générer un chiffre d’affaires additionnel de 2 Mds de DH et une valeur ajoutée supplémentaire de 400 MDH, fait de l’instauration de la concurrence loyale son cheval de bataille.


Une fiscalité handicapante
La rencontre a été littéralement dominée par les questions fiscales et parafiscales et à juste titre d’ailleurs, puisque l’industrie du béton est soumise à une imposition qui a triplé en dix ans. Il s’agit de la taxe spéciale sur le ciment (TSC), instituée depuis 2002 et qui alimente actuellement le Fonds de solidarité de l’habitat (FSH). Cette taxe est passée de 50 DH par tonne en 2002 à 150 DH par tonne en 2012. Face à cette situation, Driss Effina, économiste et consultant, Abdelkader Boukhriss, président de la Commission fiscale de la CGEM, et les professionnels ont joint leur voix pour la refonte de cette imposition parafiscale qui génère une distorsion concurrentielle en favorisant les produits de substitution. Les membres de l’Amib sont formels : «A travers la TSC, l’Etat contribue à l’aggravation du déficit de la balance commerciale en taxant les intrants des produits fabriqués localement (produits en béton préfabriqués) et non les produits de substitution dont les intrants sont importés (PVC et acier)». Partant, ces derniers militent pour être exonérés de cette taxe jugée pénalisante. Ce qui devrait théoriquement accroître la compétitivité de la branche, tout en facilitant l’atteinte des multiples objectifs du contrat de performance.

Diversifier les sources de financement du FSH
Au-delà des conséquences néfastes sur l’industrie du béton, Driss Effina estime que la taxe spéciale sur le ciment est à l’origine de la hausse du prix du ciment de l’ordre de 18% en l’espace de 13 ans. Ce qui a contribué à l’augmentation du coût du mètre carré. Pour rappel, cette taxe parafiscale est destinée à alimenter le Fonds de solidarité de l’habitat (FSH) doté de 17 Mds de DH en 2015. Le FSH contribue, entre autres, à la résorption de l’habitat insalubre et à la mise à niveau urbaine. Cela dit, nombreux sont les experts qui estiment qu’il est temps que l’Etat diversifie les sources de financement du FSH alimenté en grande partie par la taxe spéciale sur le ciment qui n’existe d’ailleurs qu’au Maroc.

Momar Diao

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