Pilier historique de l’agriculture nationale, il subit de plein fouet les effets de la sécheresse et les déséquilibres structurels. La stratégie Génération Green ambitionne de refonder le secteur pour garantir sa durabilité et la souveraineté alimentaire du Royaume.
Par C. Jaidani
L'élevage est un pilier très important de l’agriculture nationale. Environ 80% des fellahs marocains pratiquent cette activité, à titre principal ou secondaire, héritage d’un ancrage à la fois historique et socioéconomique. Toutefois, le secteur a été durement éprouvé par plusieurs années consécutives de sécheresse, qui ont appauvri les pâturages et entraîné une forte hausse des coûts de l’alimentation du bétail. Sous cette pression, certains exploitants ont abandonné l’élevage, choisissant l’exode vers les centres urbains.
D’autres, plus résilients, ont préféré s’adapter en réduisant la taille de leur cheptel afin de contenir les charges, dans l’espoir de jours meilleurs. Toutes les filières n’ont cependant pas été affectées de la même manière. L’aviculture, notamment, a su s’adapter face aux aléas climatiques.
Au fil des années, elle a enregistré des performances solides, consolidant progressivement ses acquis. Aujourd’hui, elle couvre les besoins du pays en produits avicoles, avec une production annuelle moyenne de 782.000 tonnes de viandes blanches et près de 7 millions d’œufs. Ce segment génère également environ 530.000 emplois et exerce un effet d’entraînement sur de nombreuses activités connexes.
En revanche, d’autres filières, en particulier celle des viandes rouges, ont subi de plein fouet les effets de sept années successives de sécheresse. Le cheptel national a ainsi reculé de 38%, provoquant une chute significative de la production et une flambée des prix. Face à cette contraction de l’offre et à l’augmentation des coûts pour les consommateurs, la décision a été prise d’annuler l’Aïd Al-Adha en 2025 afin de préserver le cheptel national.
Dans ce contexte, et sur hautes instructions royales, le gouvernement a déployé un ensemble de mesures de soutien en faveur des éleveurs, incluant des subventions pour éviter l’abattage des brebis, l’appui à l’alimentation composée ainsi que la distribution d’orge subventionnée. Il convient de rappeler que la filière de l’élevage a bénéficié d’une attention soutenue dans le cadre du Plan Maroc Vert (PMV). Cette dynamique s’est poursuivie avec la stratégie Génération Green 2020-2030, dotée d’un financement de 6,2 milliards de dirhams, visant à moderniser le secteur et à renforcer la souveraineté alimentaire du Royaume.
«Le PMV n’a pas atteint ses objectifs et Génération Green est venue pour combler les lacunes. Mais avant, il fallait procéder à une analyse objective pour identifier les véritables dysfonctionnements qui retardent la réalisation de la feuille de route tracée notamment au niveau de la production animale. La crise que connaît la filière «viandes rouges» a des causes structurelles qu’il faut corriger par des réformes profondes et une restructuration du mode de fonctionnement du secteur. Par ailleurs, on a remarqué l’arrivée de races importées alors que les races locales ont une bonne productivité et s’adaptent parfaitement avec le climat semi-aride du pays comme Timahdit, Sardi, D’man ou Beni Guil», souligne Mohamed Sahbi, secrétaire général de l’Union générale des entreprises et des métiers (UGEM), groupement qui représente les associations de chevillards et les bouchers.
Et de conclure que «parmi les erreurs stratégiques du PMV, c’est qu’il a donné la priorité aux associations et aux coopératives et a marginalisé les petits exploitants, alors que ce sont principalement les éleveurs qui fournissent le marché en viandes rouges. Avec la sécheresse, leur nombre a diminué, ce qui a engendré une perturbation dans la production».